Paroles d’experts

YVES PARLIER, LE RENOUVEAU DE LA PROPULSION VÉLIQUE

PortraitYP

Où en est “Beyond the sea”, le projet de traction de navires par cerf volant?

Le projet Beyond the Sea a été retenu par l’Ademe dans le cadre de l’AMI II “Navires du futur”. Le programme de recherches a démarré le 1er septembre dernier pour une durée de 48 mois. Beyond the Sea SAS, jeune entreprise innovante, est désormais porteuse du projet. Nous venons de nous installer à la pépinière d’entreprise de La Teste de Buch, recrutons de jeunes ingénieurs et musclons notre équipe.
Nous avons d’un côté une approche très scientifique, avec de la simulation sur ordinateur, grâce à notre partenariat avec l’ENSTA Bretagne. De l’autre, une approche expérimentale : nous allons utiliser plu-sieurs prototypes navigants de taille de plus en plus grande, avant d’équiper les démonstrateurs de pêche et marine marchande. Tous les autres partenaires du consortium Cousin Trestec, Porcher, Bopp, l’ENSM et la CMA-CGM sont mobilisés dans ce programme qui doit déboucher sur une maquette opérationnelle dans les 6 prochains mois. Dès la fin du printemps 2015, des essais sur l’eau sont prévus avec les premiers prototypes.

Quel a été le rôle du CORICAN dans le montage de votre projet ?

Le CORICAN était missionné pour présélectionner les dossiers avant de le remettre à l’Ademe. Nous sommes allés présenter le dossier à deux reprises et les échanges qui ont suivi ont été très constructifs. Cela nous a permis de mettre en évidence certains points à améliorer. Sur les conseils du CORICAN et avec l’aide du pôle Mer Bretagne, nous avons accueilli dans le consortium un nouveau partenaire, la société BOPP, leader européen des treuils sur les navires de pêche et autres. Et nous nous sommes rapprochés du chantier Damen pour l’installation du système sur les différents navires utilisateurs.

Comment voyez-vous l’avenir de la propulsion vélique dans le naval ?

L’augmentation du prix du pétrole et les contraintes environnementales vont continuer à croître dans les prochaines années. La part d’achat du carburant pour la plupart des armateurs va devenir considérable. Ne pas utiliser l’énergie gratuite qu’offre le vent sera demain suicidaire. Les armateurs devront disposer en appoint d’une propulsion vélique performante afin de maintenir les temps de traversée, tout en consommant toujours moins de carburant. Ainsi la propulsion vélique, et notamment le kite, devrait se généraliser dans les années à venir.

Yves Parlier,
http://www.beyond-the-sea.com


QUESTIONS À JEAN-MARIE POIMBOEUF, PRÉSIDENT DU GICAN , VICE-PRÉSIDENT DU CORICAN

Jean-Marie Poimboeuf

Comment la filière navale répond-elle
à la politique industrielle gouvernementale ?

J-M.P. : Dans un contexte où la France se doit de relever les défis d'une grande nation industrielle, la filière des industries navales est en ordre de marche !
Construire une offre industrielle innovante, compétitive, capable de gagner de nouveaux marchés, d'être source d'emplois et de croissance, telle est la réponse de notre filière à horizon 2020 / 2030.
Plusieurs actions d'envergure se mettent en place notamment autour de projets innovants liés aux Energies Marines Renouvelables, aux navires écologiques et à la valorisation des richesses marines.
Suite à l'AMI 1 ouvert le 11 juillet 2011 jusqu'au 11 janvier 2012, l'AMI2 « Navires du futur » est destiné à soutenir des projets structurants d'un montant minimal de 5 millions d'euros. Ces appels à manifestations d’intérêt (AMI) sont un bel exemple de convergence entre l'État, la recherche appliquée et l'industrie pour reconquérir la place qui revient à notre industrie, qui fait partie des treize filières stratégiques du Conseil National de l'Industrie.

Quels sont les domaines d’activités portés ?

J-M.P. : Les 34 plans industriels reflètent cette même volonté d'union des acteurs étatiques, économiques et industriels autour d'un objectif commun, celui de gagner des parts de marché en France et à l'international. Ils concernent des produits et technologies innovants dont le navire écologique et les énergies renouvelables, le stockage de l'énergie, les logiciels et systèmes embarqués, les réseaux électriques intelligents, l'usine du futur et la robotique.
Dans le même ordre d'esprit, la Commission Innovation 2030 installée par le Président de la République le 18 avril 2013, a pour objectif de stimuler l'innovation au sein des entreprises de toutes tailles autour de projets de longue durée. Dans le rapport d'Anne Lauvergeon, deux enjeux sur sept concernent notre filière : le stockage de l'énergie et la valorisation des richesses marines (métaux et dessalement de l’eau de mer en particulier).

 


François Duthoit, Directeur de l'innovation chez DCNS

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Quels sont les domaines de la recherche et développement actuellement prioritaires pour la filière navale française ?

Les domaines prioritaires de la R&D de la filière navale française ont été exprimés dans la feuille de route du CORICAN, institution créée pour formuler la stratégie de Recherche et développement navale française : il s'agit de l'éco-conception, l'efficacité des opérations, l'efficacité énergétique, la sécurité et la sûreté des personnes et des biens, les structures en mer, et la compétitivité. Ces thèmes prioritaires font l'objet d'un développement au sein de feuilles de route particulières qui permettent d'approfondir certains aspects (par exemple les nouvelles activités industrielles en mer, ou encore les activités sous la mer dont la robotique sous-marine).

Ces feuilles de routes constituent la stratégie française pour la R&D navales, et sont destinées aux organismes de financement public tels que le FUI, Oséo-bpifrance, l'ADEME ou l'ANR, afin qu'ils prennent en compte ces priorités dans leur programmation.

Comment ces thèmes s'articulent-ils avec le programme européen Horizon 2020 ?

Horizon 2020 est le futur programme cadre de financement de la recherche et de l'innovation défini par la Commission européenne. L'enveloppe de 80 milliards d'euros pressentie sur 7 ans s'articulera autour de six priorités dont certaines, comme la recherche marine et maritime et la bio-économie, les énergies propres ou les transports intelligents peuvent concerner directement le secteur maritime. La Commission encourage fortement la constitution de « partenariats public – privé » (PPP) pour la mise en œuvre de projets en réponse aux ambitions énoncées.

La France et son industrie navale s'organisent donc pour relever dans le cadre d'Horizon 2020, les défis impartis à sa position de 2ème puissance maritime du monde. La création de l'IRT Jules Verne et de l'institut d'excellence France Energies Marines démontrent la volonté gouvernementale d'aboutir à des résultats concrets. Le CORICAN oriente et coordonne les efforts R&D des acteurs de la filière navale française. D'excellentes synergies sont déjà tissées entre acteurs publics, pôles de compétitivité et industriels. Elles permettent déjà, à travers des sous-groupes, de porter l'influence française au sein du futur PPP européen.

Contact : francois.duthoit@dcnsgroup.com


Gilles Bruneaux, responsable de programme de l'agence nationale de la recherche (ANR)

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L'ANR peut-elle soutenir des projets de l'industrie navale ?

« Rappelons que l'ANR finance des projets de recherche amont, c'est-à-dire des projets positionnés dans des niveaux TRL (Technological Research Level) allant de 1 à 4 : les premiers niveaux de maturité technologique. Depuis 2012, l'ANR collabore avec le CORICAN dans le cadre de son programme « Transports Durables et Mobilité (TDM)» réservé jusque-là exclusivement à des applications terrestres et ouvert au naval et à l'aéronautique depuis 2012. Mais des programmes tels que «EcoTechnologies & Ecoservices», « Modèles Numériques» ou « Matériaux et procédés pour des produits performants» peuvent aussi directement concerner le naval. De plus, l'ANR propose aussi le programme blanc, un programme non thématique qui finance tout type de projet de recherche amont. »

Quels conseils apporteriez-vous à l'industrie navale ?

« Malgré l'ouverture du programme TDM en 2012, aucun projet portant sur le domaine naval n'a été soumis. Le CORICAN est un nouveau maillon créé pour lui permettre d'organiser avec plus d'efficience sa recherche afin d'aboutir à des développements industriels pertinents. Proposer de bons projets suppose que les acteurs concernés identifient les verrous scientifiques associés aux avancées technologiques attendues, ce qui implique des collaborations avec des laboratoires de recherche publique. Je ne peux qu'encourager les acteurs du secteur naval à nous solliciter !»

La sélection des projets par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) repose sur une évaluation par les pairs, c'est à dire les experts des domaines concernés, sur plusieurs critères dont : la pertinence des projets et l'excellence scientifique…

En savoir plus : www.agence-nationale-recherche.fr